Mémoire

Journée européenne commémoration génocide Roms Sintés août 2026 : 82 ans après la Nuit des Tsiganes, la France reste à la traîne

2026-07-31
Journée européenne commémoration génocide Roms Sintés août 2026 : 82 ans après la Nuit des Tsiganes, la France reste à la traîne

Journée européenne commémoration génocide Roms Sintés août 2026 : le 2 août prochain marquera le 82e anniversaire de la liquidation du « camp tsigane » d'Auschwitz-Birkenau, où 4 300 hommes, femmes et enfants furent assassinés en une seule nuit par les SS. Dans toute l'Europe, des cérémonies rappelleront le sort des 500 000 Roms et Sintés exterminés par le régime nazi. Pourtant, contrairement à l'Autriche ou à l'Allemagne, la France n'a toujours pas fait du 2 août une journée de commémoration nationale — un silence qui en dit long.

Un génocide longtemps nié

Journée européenne commémoration génocide Roms Sintés août 2026 : retour sur la Nuit des Tsiganes

Dans la nuit du 2 au 3 août 1944, les derniers détenus du Zigeunerlager — le camp des Tsiganes — furent conduits aux chambres à gaz d'Auschwitz-Birkenau. Malgré une résistance farouche, aucun des 4 300 prisonniers ne survécut. Leurs corps furent brûlés dans des fosses. Depuis 2015, le Parlement européen a choisi cette date pour instituer la Journée européenne de commémoration du génocide des Roms, reconnaissant enfin un crime resté dans l'ombre de la mémoire collective, selon le Holocaust Memorial Day Trust.

Journée européenne commémoration génocide Roms Sintés août 2026 : un demi-million de victimes

Sur les 23 000 Roms et Sintés déportés à Auschwitz, plus de 20 000 y périrent. Au total, les historiens estiment entre 250 000 et 500 000 le nombre de Roms et Sintés assassinés par les nazis et leurs collaborateurs — hommes, femmes et enfants soumis aux stérilisations forcées, aux expériences médicales et au travail forcé avant d'être méthodiquement exterminés. Ce génocide, que les Roms appellent le Samudaripen — « meurtre de masse » en romani — n'a été reconnu par l'Allemagne de l'Ouest qu'en 1981, trente-six ans après la libération des camps. Comme le rappelle le site officiel de la commémoration européenne, le mémorial permanent aux victimes roms et sintés du nazisme est toujours en cours de réalisation à Vienne.

Une Europe à plusieurs vitesses

Le contraste entre les pays européens face à ce devoir de mémoire est saisissant. L'Autriche, longtemps complice du régime nazi, a franchi un pas décisif : en janvier 2023, le Conseil national a voté à l'unanimité l'institution du 2 août comme Journée nationale de commémoration des Roms et des Sintés persécutés et assassinés pendant la Shoah. Cette année, la cérémonie officielle autrichienne se tiendra le 31 juillet à 10 heures dans la Salle du Mémorial du Äußeres Burgtor à Vienne, avec une lecture de Walpurga Horvath, survivante du génocide, rapporte le Fonds national autrichien.

Le même jour, à 14 heures, une seconde cérémonie aura lieu au cimetière de Lackenbach, dans le Burgenland, où existait un camp d'internement pour Roms et Sintés. Le 2 août à midi, la commémoration internationale se tiendra au Musée d'État d'Auschwitz-Birkenau, devant le mémorial aux Roms et Sintés, et sera retransmise en direct à partir de 11h30 — un événement auquel des représentants officiels autrichiens assisteront en personne.

La France en retard — comme souvent

Et la France ? Le 2 août 2026, le Mémorial du camp de Rivesaltes organisera une journée intitulée « Enfin sortir de l'ombre : la reconnaissance du génocide des Roms et des Sintés en Europe ». Au programme : une cérémonie aux Stèles à 17 heures en partenariat avec le Mémorial des Nomades de France, suivie du vernissage de l'exposition « Regarde les filles et les fils du vent ! » sur la communauté gitane de Perpignan, et d'un concert de Paloma Pradal mêlant flamenco et jazz. Une initiative louable — mais qui repose entièrement sur les épaules d'un mémorial régional.

Aucune cérémonie nationale n'est prévue à Paris. Contrairement à la Journée de la rafle du Vél d'Hiv (16 juillet), instituée par Jacques Chirac en 1993, ou à la Journée internationale de la mémoire de la Shoah (27 janvier), le 2 août demeure un jour ordinaire dans le calendrier républicain français.

Une tribune publiée dans Le Monde en août 2025 appelait pourtant la France à « instituer le 2 août comme jour de commémoration nationale du génocide des Roms et des Voyageurs ». La députée écologiste Sandra Regol a déposé une proposition de résolution transpartisane en ce sens. Mais le texte n'a toujours pas été inscrit à l'ordre du jour de l'Assemblée nationale. Comme souvent, la République sait se souvenir de ses héros, beaucoup moins de ses angles morts.

Que commémorer, et pourquoi

La journée européenne commémoration génocide Roms Sintés août 2026 rappelle que la Shoah ne fut pas le crime d'une seule communauté. Dans l'Europe occupée, les nazis appliquèrent aux Tsiganes la même logique d'extermination totale qu'aux Juifs — fondée sur une pseudo-science raciale qui classait les Roms comme artfremd (étrangers à l'espèce) et minderwertig (inférieurs). Les Einsatzgruppen les fusillèrent par milliers dans les pays baltes et en Ukraine. La Croatie oustachie, la Roumanie d'Antonescu et la Hongrie participèrent activement aux déportations.

Ce génocide reste pourtant le grand oublié des programmes scolaires et des discours officiels. Le Mémorial de la Shoah à Paris, temple de la mémoire juive, ne consacre aux Roms qu'une place marginale. Il aura fallu attendre 2016 pour qu'une exposition temporaire — « Le génocide des Tsiganes européens, 1939-1946 » — y soit présentée. Soixante-dix ans après les faits.

La journée européenne commémoration génocide Roms Sintés août 2026 est un test pour la sincérité du discours mémoriel européen. L'Autriche l'a compris. L'Allemagne aussi, avec le mémorial de Tiergarten inauguré à Berlin en 2012. La Pologne, la République tchèque, la Croatie — tous ces pays ont fait du 2 août une date officielle. La France, elle, tergiverse. Le camp de Rivesaltes fait ce qu'il peut. Mais une cérémonie à Perpignan ne remplace pas un discours du président de la République. C'est la différence entre la mémoire et la bonne conscience.