84e commémoration du Vél d'Hiv : la France se souvient, l'antisémitisme menace toujours
Treize mille cent cinquante-deux arrestations. C'est le bilan définitif de la rafle des 16 et 17 juillet 1942, lorsque la police française livra aux nazis des familles juives entières à Paris et en proche banlieue. Quatre-vingt-quatre ans plus tard, la France s'est arrêtée pour honorer leur mémoire. Du square du Martyr juif à Paris jusqu'aux outre-mer, des voix se sont élevées dimanche 19 juillet 2026 pour la Journée nationale à la mémoire des victimes des crimes racistes et antisémites de l'État français.
La cérémonie officielle parisienne s'est déroulée à 9h30 au pied du monument du Vél d'Hiv, square de la place des Martyrs-juifs, en présence d'Alice Rufo, ministre déléguée auprès de la ministre des Armées et des Anciens combattants. Selon le site officiel du ministère des Armées, la ministre a lu un message solennel rappelant que « la folie criminelle de l'occupant a été secondée par des Français, par l'État français », reprenant les mots historiques de Jacques Chirac en 1995.
Deux jours plus tôt, le 16 juillet, c'est Serge Klarsfeld qui avait pris la parole au Jardin mémorial des enfants du Vél d'Hiv, lors de la cérémonie organisée par les Fils et filles des déportés juifs de France. La présence du célèbre chasseur de nazis, aujourd'hui âgé de 90 ans, a donné un relief particulier à cette 84e édition, comme le rapporte la Fondation pour la Mémoire de la Shoah dans son programme officiel.
À Sceaux, dans les Hauts-de-Seine, Léon Placek, déporté à l'âge de dix ans à Bergen-Belsen, a témoigné aux côtés de Haïm Korsia, Grand Rabbin de France, devant le Mémorial de la Déportation des Juifs. Une présence d'autant plus poignante que la communauté juive française a perdu cette année Arlette Testyler, survivante de la rafle du Vél d'Hiv, disparue le 12 juin 2026 à Paris, comme l'a annoncé le Mémorial de la Shoah.
Partout en France, les préfets ont présidé des cérémonies départementales : à Izieu, Orléans, Montreuil, Ris-Orangis, Saint-Brice-sous-Forêt, Montbonnot-Saint-Martin. Jusqu'en Guadeloupe, où le préfet a rendu hommage aux victimes, comme le relate La 1ère France info.
Le 12 juillet, Emmanuel Macron avait donné le ton. Le Président de la République a appelé toutes les communes de France à faire rayonner l'exemple des Justes : « Il est temps désormais que sur chaque maison, chaque immeuble, chaque lieu où des Juifs furent abrités, hébergés et sauvés soient apposés les noms des Justes qui les sauvèrent de la barbarie nazie. »
L'appel présidentiel intervient dans un contexte lourd. Selon les derniers chiffres du SPCJ (Service de protection de la communauté juive), les actes antisémites ont bondi de plus de 300 % depuis les massacres du 7 octobre 2023. La mémoire du Vél d'Hiv n'est pas qu'un exercice de commémoration : c'est un vaccin contre l'oubli qui, quatre-vingt-quatre ans après la rafle, demeure plus nécessaire que jamais.