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Concert de Barbara Butch interrompu à Grenoble : le Crif dénonce une « chasse aux artistes juifs »

2026-07-23
Concert de Barbara Butch interrompu à Grenoble : le Crif dénonce une « chasse aux artistes juifs »

Le concert de la DJ Barbara Butch concert interrompu Grenoble antisémitisme juillet 2026 a été brutalement stoppé samedi 18 juillet au Jardin de Ville de Grenoble, dans le cadre du festival Cabaret Frappé. Après une vingtaine de minutes de perturbations — jets de projectiles vers la scène, sabotage des installations électriques et cris hostiles — la municipalité a pris la décision de suspendre la prestation « afin de garantir la sécurité du public, des équipes et de l'ensemble des personnes présentes », selon un communiqué de la ville de Grenoble.

L'antenne grenobloise de La France insoumise (LFI) soutenait depuis plusieurs semaines un appel au boycott et à la déprogrammation de l'artiste, lui reprochant d'avoir signé une tribune en faveur de la proposition de loi Yadan visant à lutter contre les nouvelles formes d'antisémitisme, ainsi que sa participation à un événement organisé à la résidence de l'ambassadeur de France en Israël en 2025.

Yonathan Arfi dénonce une « prise d'otage du monde de la culture »

Face à cette interruption violente, le président du Crif Yonathan Arfi a réagi avec une fermeté rare. Dans un communiqué publié le 22 juillet sur le site du Crif, il dénonce « la prise d'otage du monde de la culture par des militants politiques de LFI et des activistes propalestiniens radicaux ».

« Ces activistes ne défendent pas une culture engagée, ils veulent mettre la culture au pas », a martelé Arfi, qui voit dans cette stratégie « une approche profondément anti-démocratique » porteuse d'une « vision totalitaire de la culture ». Le président du Crif a énuméré les précédents : appels au boycott contre le chanteur Amir et le dessinateur Joann Sfar, manifestations contre les spectacles de Sophia Aram, déprogrammation du réalisateur Nadav Lapid, opérations violentes contre l'Orchestre philharmonique d'Israël.

Le Crif demande au ministère de la Culture de « mettre en place d'urgence un plan de lutte contre le boycott des artistes et contre l'antisémitisme », estimant qu'il « n'est pas acceptable que des financements publics soient apportés à des événements assumant ou laissant faire des politiques de boycott d'artistes juifs, israéliens ou supposément coupables d'affinités avec les Juifs ou Israël ».

Barbara Butch « toujours en état de choc »

Interrogée mercredi 22 juillet sur BFMTV, l'artiste s'est dite « toujours en état de choc » tout en affirmant qu'elle se produira bien samedi prochain à Saint-Martin-du-Tertre, dans l'Yonne. « Je ne cèderai pas à cette peur qu'on essaie de me faire ressentir », a-t-elle déclaré, citée par FranceInfo.

Son avocate, Audrey Msellati, a confirmé que des plaintes étaient en préparation. La DJ a été reçue le même jour par la ministre de la Culture Catherine Pégard, qui lui a assuré sa volonté de « protéger ses conditions d'expression en tant qu'artiste et d'assurer l'intégrité de son œuvre et de sa personne ».

Figure des nuits parisiennes LGBT+, Barbara Butch avait déjà été la cible d'un cyberharcèlement mêlant grossophobie, lesbophobie et antisémitisme après sa participation à la cérémonie d'ouverture des Jeux olympiques de Paris 2024.

Un sondage Ifop qui accable

Le Crif a commandé en juin 2026 une enquête Ifop sur le regard des Français concernant le boycott des artistes. Les résultats, publiés le 1er juillet, dressent un constat contrasté.

Si 75 % des Français jugent illégitime de boycotter des artistes français pour leur soutien présumé à Israël, et 71 % considèrent que l'univers de la culture n'a pas à être mêlé à des revendications politiques, le sondage révèle une fracture inquiétante : 71 % des sympathisants LFI estiment au contraire qu'un tel boycott est justifié. Pour 71 % des sondés, ce boycott crée des tensions et contribue à la montée de l'antisémitisme en France. Et 80 % pensent qu'il ne contribue pas à faire progresser la paix entre Israéliens et Palestiniens.

Une tribune de 300 personnalités

L'onde de choc dépasse les institutions juives. Lundi 21 juillet, 300 personnalités — dont Alain Chabat, les frères Dardenne et de nombreuses figures du spectacle — ont signé une tribune de soutien à la DJ. « L'antisionisme invoqué n'a été, à Grenoble, que le vêtement de l'antisémitisme », ont estimé Barbara Butch et son avocate dans les colonnes du Monde.

Le parquet de Grenoble a ouvert une enquête pour délit d'entrave. Mais au-delà de la procédure judiciaire, l'épisode grenoblois révèle une dynamique que le président du Crif résume sans détour : « LFI et ces activistes propalestiniens radicaux ne cherchent pas à aider la cause palestinienne : ils instrumentalisent la cause palestinienne pour terroriser le monde de la culture et faire une chasse aux artistes juifs ou engagés contre l'antisémitisme. »