Elias d'Imzalène condamné en appel : « l'intifada dans Paris » reste une incitation à la haine
Elias d'Imzalène condamné en appel : la cour d'appel de Paris a confirmé, jeudi 29 octobre, la peine de cinq mois de prison avec sursis pour avoir lancé un appel à « mener l'intifada » dans la capitale. L'arrêt valide une lecture que la défense contestait depuis le procès : ce slogan, dans ce contexte, visait les Juifs de France.
Elias d'Imzalène condamné en appel : ce que la cour a tranché
La peine est identique à celle de première instance. La cour a retenu la provocation publique à la haine ou à la violence en raison de l'origine, de l'ethnie, de la nation, de la race ou de la religion, selon Valeurs actuelles. Le tribunal correctionnel de Paris l'avait condamné à la même peine en décembre 2024.
La communauté juive salue une décision attendue. L'Observatoire juif de France, représenté par Me Julien Bensimhon, y voit une réponse nécessaire : « Cette condamnation était nécessaire », écrit son président René Lévy dans un communiqué du 30 octobre.
Elias d'Imzalène condamné en appel : le mot « intifada » défini par des magistrats
Les juges ont défini le terme au lieu de l'interpréter. Pour un public moyennement averti, « intifada » renvoie à un soulèvement caractérisé par des atteintes physiques, estime la cour dans sa motivation.
Le contexte a pesé autant que le vocabulaire. La référence à la libération de Jérusalem, devant une foule de soutien à la Palestine, a suffi à qualifier l'infraction.
Une cible : les Juifs « dans leur ensemble »
La cour a écarté la lecture strictement politique du slogan. Ses déclarations visaient « nécessairement » la communauté juive dans son ensemble, et non une autorité française ou israélienne, précise l'arrêt.
La liberté d'expression a été jugée dépassée. Les magistrats retiennent un « abus de la liberté d'expression », une formule qui ferme la porte à l'argument de la simple outrance militante.
Les faits du 8 septembre 2024, place de la Nation
Tout part d'une harangue en trois questions. « Est-ce qu'on est prêt à mener l'intifada dans Paris ? Dans la banlieue ? Dans nos quartiers ? », avait lancé le militant lors d'une manifestation propalestinienne, rappelle le Times of Israël.
La défense avait plaidé une lecture pacifique. À l'audience, Elias d'Imzalène avait défendu une interprétation non violente de son appel, sans convaincre les juges ni en première instance, ni en appel.
Un militant fiché S, visé par un gel des avoirs
Le personnage est connu des services. De son vrai nom El Yess Zarelli, il a fondé le média « Islam et Info » et est présenté comme fiché S, selon Europe 1. En janvier 2026, un arrêté des ministres de l'Intérieur et de l'Économie a gelé ses avoirs six mois, une mesure prise l'année précédente, rapporte Le Figaro.
Trappes, 23 octobre : la condamnation rattrape l'actualité
Six jours avant l'arrêt, il réapparaissait dans un décor meurtrier. Elias d'Imzalène a été aperçu derrière le maire de Trappes, Ali Rabeh, lors d'une déclaration à la presse le 23 octobre, quelques heures après la fusillade qui a fait un mort et plusieurs blessés dans cette ville des Yvelines.
Le parquet national antiterroriste s'est saisi du dossier. Les enquêteurs examinent la piste d'un acte raciste, précise le Times of Israël. La présence du militant aux côtés de l'élu n'a pas été expliquée. Nous avions raconté cette séquence dans notre article sur l'attentat de Trappes et la mise au point du Crif.
Un rassemblement annoncé pour le 31 octobre
Le militant veut transformer la condamnation en tribune. Il a appelé à un rassemblement le 31 octobre et annoncé, le 26 octobre à la Bourse du travail, vouloir défendre « nos sœurs, nos frères dans les quartiers ».
La portée d'un arrêt qui ne règle pas tout
Les associations juives y voient un précédent utile. « Ça va dans la bonne direction. Le sursaut citoyen face à la montée de l'antisémitisme passe par ce genre de condamnations », estime Muriel Ouaknine-Melki, présidente de l'Organisation juive européenne et partie civile, citée par Valeurs actuelles.
L'Observatoire juif de France vise aussi les organisateurs. René Lévy demande aux responsables politiques et associatifs de condamner clairement ces discours : « Aucune cause internationale ne dispense du respect de la loi, de la sécurité des personnes et de la dignité de chacun. »
Sauf pourvoi en cassation, la condamnation est désormais définitive. La peine reste assortie du sursis : aucune détention n'est prévue, sauf nouvelle condamnation.
Elias d'Imzalène condamné en appel : ce que cela dit de la bataille juridique
Le droit a tranché là où le débat politique s'enlise. Pendant deux ans, la défense a présenté l'appel à l'intifada comme une solidarité avec un peuple opprimé. La cour répond que la solidarité ne crée aucun droit d'appeler à la violence dans les rues françaises.
Cette confirmation déplace la charge sur ceux qui offrent des tribunes. Élus, organisateurs de manifestations, responsables associatifs : la question n'est plus de partager le slogan, mais de continuer à lui laisser la scène publique.
Elias d'Imzalène condamné en appel reste libre de ses mouvements. Aucune peine ferme, aucune interdiction de manifester. C'est pourquoi la décision compte : elle fixe une limite juridique claire sans toucher à sa liberté de parole. Reste à savoir si cette limite sera rappelée chaque fois qu'un orateur reprendra le mot.
Article rédigé par la rédaction du Monde Juif.