Mémoire

Camp de Gurs : « L'avenir de la mémoire », un voyage sur les traces des Juifs internés

2026-10-05
Camp de Gurs : « L'avenir de la mémoire », un voyage sur les traces des Juifs internés

Le camp de Gurs revient au cœur de l'actualité mémorielle. Le livre « L'avenir de la Mémoire : un voyage à Gurs », de Sandra Butsch et Katia Hermann, paraît ce lundi 5 octobre 2026 aux éditions I.D. l'Édition. Il suit une dizaine de jeunes partis, en 2022, sur les traces des Juifs allemands internés dans ce camp du Béarn.

L'ouvrage ne se contente pas de raconter une visite. À travers la découverte des lieux et les rencontres avec les acteurs de la mémoire locale, il interroge la transmission de cette histoire aux nouvelles générations, selon la Fondation pour la Mémoire de la Shoah.

Camp de Gurs : un livre qui interroge la transmission

Pourquoi revenir à Gurs en 2026 ? Parce que le camp est l'un des plus vastes que la France ait connus. Ouvert au printemps 1939 et fermé fin 1945, il a détenu plus de 60 000 personnes de 52 nationalités, rappelle Chemins de mémoire, le site du ministère des Armées.

Le site s'étendait sur deux kilomètres de long, pour 400 mètres de large, derrière 250 kilomètres de barbelés, précise la même source. Construit en quarante-deux jours, il comptait treize îlots de baraquements, pour une capacité théorique de 18 000 internés, souvent dépassée.

Camp de Gurs : des Espagnols aux Juifs du Sud-Ouest

Quatre groupes s'y sont succédé, sans jamais vraiment se rencontrer, selon l'Amicale du camp de Gurs. D'abord 27 350 républicains espagnols et volontaires des Brigades internationales, internés d'avril 1939 à mai 1940, exclusivement des hommes.

Puis, de mai à septembre 1940, près de 14 800 « indésirables », surtout des femmes originaires d'Allemagne et des pays du Reich. Enfin, à partir du 1er septembre 1940, 18 185 Juifs étrangers, enfermés au nom de l'antisémitisme d'État du régime de Vichy.

La rupture est là. En octobre 1940, plus de 6 000 Juifs allemands expulsés du Pays de Bade et du Palatinat y sont déportés, note la Fondation pour la Mémoire de la Shoah.

Du 6 août 1942 au 3 mars 1943, six convois acheminent près de 4 000 internés juifs vers Drancy, ultime étape avant Auschwitz-Birkenau, précise la Fondation. Gurs devient alors l'antichambre de la mort.

Un mémorial national signé Dani Karavan

Aujourd'hui, peu de traces originelles subsistent. Un mémorial national a été inauguré en 1994, conçu par l'artiste israélien Dani Karavan comme un parcours de réflexion en trois temps sur l'internement, indique Chemins de mémoire.

La charpente d'une baraque rappelle les conditions de vie des internés, entassés à plus de soixante. Une voie ferrée de 180 mètres symbolise l'ultime voyage vers les camps de la mort. À l'entrée, les rails s'échouent sur une dalle de béton entourée de barbelés.

Le cimetière, lui, rassemble plus d'un millier de tombes d'internés morts entre 1939 et 1943. Restauré en 1961 par les villes concernées et le Consistoire israélite du Land de Bade, il porte deux stèles : l'une pour les Espagnols et les Brigadistes, l'autre pour les Juifs.

À Gurs, une mémoire portée par les jeunes générations

Le livre paraît au moment où cette mémoire change de mains. L'Amicale du camp de Gurs, association de bénévoles indépendante de tout parti politique, milite depuis 1980 pour faire connaître l'histoire du camp et rendre hommage à ses internés.

En 2007, une baraque a été reconstituée à l'identique par des classes de terminales du lycée professionnel du bâtiment de Gelos, dans les Pyrénées-Atlantiques, selon Chemins de mémoire. La transmission passe aussi par ces chantiers d'élèves.

À Gurs, cinquante naissances ont été enregistrées, rappelle le ministère des Armées. Face aux 3 907 déportés vers Auschwitz et Maïdanek, ce chiffre dit la vie qui s'obstine, et le prix de ce que le camp a détruit.

Le camp de Gurs n'est donc pas qu'un vestige béarnais. Le voyage proposé par Sandra Butsch et Katia Hermann en fait un lieu où la mémoire se transmet et se discute, pour que les noms des internés ne s'effacent pas.