Israël

Trump qualifie Netanyahu de « fou » : la rupture qui fragilise Israël à trois mois des élections

Publié le 8 juin 2026
Donald Trump et Benyamin Netanyahu lors d'une rencontre tendue à la Maison Blanche

Donald Trump a confirmé publiquement avoir traité Benyamin Netanyahu de « fou » lors d'un échange téléphonique houleux le 1er juin 2026. Cette rupture entre les deux dirigeants éclate au pire moment pour le Premier ministre israélien, à trois mois d'élections législatives anticipées où sa coalition est déjà donnée perdante.

« You're fucking crazy. » C'est en ces termes que Donald Trump aurait apostrophé Benyamin Netanyahu lors d'un appel téléphonique le 1er juin 2026, selon un rapport d'Axios citant un haut responsable américain. Le président américain a lui-même confirmé l'insulte le 3 juin sur le podcast Pod Force One, précisant qu'il était « un peu perturbé » par les frappes israéliennes au Liban. Pour un Premier ministre qui a fait de sa relation avec Trump un pilier de sa stratégie diplomatique, cette déclaration publique constitue un séisme politique.

L'échange aurait eu lieu alors qu'Israël menaçait de frapper la banlieue sud de Beyrouth, mettant en péril les négociations américano-iraniennes en cours. Trump a non seulement exigé l'annulation des frappes, mais aurait également déclaré à Netanyahu : « Tu serais en prison si ce n'était pas pour moi. Tout le monde te déteste maintenant. Tout le monde déteste Israël à cause de ça. » Des propos qui révèlent une fracture bien plus profonde que les « désaccords tactiques » évoqués par le Premier ministre israélien sur CNBC.

Un bilan militaire qui mine la crédibilité de Netanyahu

Les objectifs de guerre affichés par Netanyahu depuis plus de deux ans et demi n'ont aucun été atteints. Le renversement du régime iranien n'a pas eu lieu. Les programmes nucléaire et balistique iraniens restent intacts. Le désarmement du Hezbollah au Sud-Liban n'est pas réalisé. Pire, un sondage Maariv publié le 5 juin 2026 révèle que 62 % des Israéliens estiment que Netanyahu ne doit pas céder aux pressions américaines concernant les actions de Tsahal contre le Hezbollah — un chiffre qui masque une réalité plus inquiétante pour le Likoud : l'opposition recueille désormais 60 sièges contre 50 pour la coalition au pouvoir.

Netanyahu rêve d'un ultime mandat qui lui permettrait de dépasser les dix-huit ans cumulés au pouvoir depuis 1996. Mais à soixante-seize ans, après une opération pour cancer de la prostate révélée récemment et un procès en corruption toujours en cours, son corps politique semble aussi fragilisé que son corps physique. Trump lui-même a publiquement demandé au président Herzog de le gracier en novembre 2025. L'ironie est cruelle : l'homme qui pourrait sauver Netanyahu de la prison est désormais celui qui l'humilie devant le monde entier.

Les élections anticipées de fin août

La coalition gouvernementale a déposé un projet de loi de dissolution du Parlement le 13 mai 2026, ouvrant la voie à des élections anticipées au plus tôt fin août. Le calendrier serré laisse peu de temps à Netanyahu pour réparer ses relations avec Washington. Selon les projections du sondage Maariv, le Likoud obtiendrait 25 sièges, loin derrière l'alliance Bennett-Lapid à 23 sièges et le parti Yashar de Gadi Eisenkot à 17 sièges. Aucune formation ne semble capable de former un gouvernement seule.

L'opposition, menée par Yaïr Lapid et Naftali Bennett, a déjà annoncé qu'elle demanderait une commission d'enquête nationale sur le 7 octobre 2023 et voterait une loi soumettant les juifs ultra-orthodoxes au service militaire. Deux mesures qui mettraient fin au système de privilèges sur lequel Netanyahu a bâti ses coalitions pendant des décennies. Le Premier ministre israélien se retrouve pris en étau entre un allié américain devenu hostile et une opposition israélienne qui sent le sang.

Ce que cette rupture signifie pour le Moyen-Orient

La rupture Trump-Netanyahu n'est pas qu'une querelle personnelle. Elle révèle une divergence stratégique fondamentale sur l'Iran. Trump veut un accord nucléaire rapide, même au prix d'une concession sur le Liban. Netanyahu veut une victoire militaire totale, quelle que soit la durée du conflit. L'Iran, de son côté, a clairement lié les deux dossiers : aucun accord sur le nucléaire sans cessez-le-feu au Liban.

Les conséquences de cette impasse sont déjà visibles sur le terrain. Malgré l'accord de cessez-le-feu annoncé le 3 juin entre Israël et le Liban, les hostilités persistent. Des frappes israéliennes ont tué au moins six personnes dans le sud du Liban le 3 juin. Le Hezbollah continue d'envoyer des drones sur des postes de commandement israéliens. La trêve n'est pas une paix. C'est une pause conditionnée par des acteurs qui n'ont aucune intention de respecter leurs promesses.

La Rédaction Le Monde Juif .info