Le 4 juin 2026, Frédéric Biessy, directeur du Théâtre La Scala à Paris, a transformé une restitution scolaire en tribune politique. Le résultat ? Des lycéens juifs traités de « pleurnichards », sommés de « se casser », et menacés de génocide sous les cris de « Free Palestine ». Cet incident illustre la banalisation de l'antisémitisme dans les institutions culturelles françaises, où l'antisionisme de salon se mue en violence antijuive dès que la vigilance faiblit.

L'événement, organisé dans le cadre du programme Scala-Région Île-de-France, devait réunir une quarantaine d'élèves autour d'une journée artistique. Parmi eux figuraient des élèves de première du lycée de l'Alliance israélite universelle de Pavillons-sous-Bois (Seine-Saint-Denis) et du lycée Pasteur de Neuilly-sur-Seine (Hauts-de-Seine), deux établissements respectés affiliés au Fonds social juif unifié (FSJU). Selon le rapport du Crif, Biessy a inscrit son discours dans un « registre géopolitique en critiquant nommément certains responsables de la scène internationale comme Donald Trump et Benyamin Netanyahou ».

Son intention, a-t-il expliqué dans un communiqué publié sur les réseaux sociaux le 8 juin, était de défendre la liberté d'expression. Comme le rapporte Libération, Biessy a admis que ses propos « n'étaient pas adaptés à ce contexte » et présenté ses excuses pour le « malaise » créé. Excuses que le FSJU a jugées insuffisantes : l'organisation a exprimé sa « vive préoccupation » et sa « profonde stupéfaction », rappelant que la « responsabilité, la solidarité et la protection des élèves doivent s'imposer avec la plus grande exigence ».

Des menaces de génocide dans un théâtre parisien

Ce que Biessy omet dans ses excuses, c'est l'escalade qui a suivi son départ. Selon le Times of Israel, des lycéens auraient proféré des invectives à caractère antisémite, incluant des menaces explicites : « On va tous vous génocider ». D'autres élèves ont été traités de « pleurnichards » et de « pleureuses », sommés de « se casser », sous une pluie de slogans « Free Gaza » et « Free Palestine ». Les élèves de l'Alliance, qui avaient préparé leur spectacle pendant des mois, n'ont pu achever leur représentation.

Qui assume la responsabilité ?

Le Crif a parfaitement cerné le mécanisme en œuvre : « Le discours politique du directeur a déclenché une hystérisation parmi des lycéens à l'esprit déjà inflammable ». En nommant Netanyahou et en appelant à la « libération de la Palestine » devant des adolescents, Biessy a opéré une assignation collective : les élèves juifs étaient sommés de répondre d'un conflit lointain, et de le faire sur-le-champ, dans une salle de théâtre, sous la pression de leurs pairs.

C'est précisément ce que l'analyse du Crif dénonce : l'essentialisation des Juifs français au conflit israélo-palestinien, où chaque Juif devient le porte-parole forcé de l'État hébreu. Le directeur de La Scala n'a pas commis d'actes antisémites directement, mais il a ouvert la voie. Il a légitimé, aux yeux d'une partie de la salle, que les lycéens juifs étaient des cibles légitimes de colère politique.

La façade taguée : une insulte de plus

La nuit du 7 au 8 juin, la façade du théâtre a été dégradée d'un tag « Biessy ami du Hamas ». Libération relève ce graffiti comme un arrière-fond à l'affaire. L'ironie est cruelle : Biessy, qui s'est présenté comme défenseur de la liberté d'expression, se retrve victime du climat de haine qu'il a contribué à enflammer. Mais cette dégradation ne doit pas faire oublier la violenceoriginelle : celle subie par des élèves de 16 ans, dans un cadre scolaire officiel, sous le regard (complice ou indifférent) de leurs enseignants.

Les encadrants sur le banc des accusés

Le rôle des professeurs présents reste obscur. Selon plusieurs témoignages rapportés par le Times of Israel, certains enseignants n'auraient pas cherché à apaiser les tensions, voire auraient encouragé les débordements. Biessy lui-même a reconnu dans ses excuses ne pas avoir su « apaiser la situation et empêcher les insultes ». Le rectorat de Paris et le ministère de l'Éducation nationale, contactés par les médias, n'avaient pas communiqué de réaction immédiate au moment de la publication des articles.

Des excuses qui ne suffisent pas

Biessy a posté ses excuses sur Instagram — une story de 24 heures — et sur son compte X, moins suivi. Cette formule minimaliste traduit une volonté de circonscrire la crise sans en mesurer la gravité. Excuser des propos « mal adaptés », c'est occulter la nature structurelle de l'incident : un responsable culturel a instrumentalisé un événement scolaire pour promouvoir une vision politique, au mépris du devoir de neutralité qui incombe à tout encadrant public ou privé accueillant des mineurs.

Le FSJU a déposé des rapports d'établissement. Le Crif demande des comptes aux autorités culturelles et éducatives. Mais au-delà des procédures, c'est le message envoyé aux élèves juifs qui compte : dans la France de 2026, même une sortie scolaire au théâtre peut se transformer en tribunal populaire où ils sont jugés, insultés et menacés pour leur appartenance communautaire.

La République ne se défend pas avec des stories Instagram. Elle se défend avec des sanctions exemplaires, une justice rapide, et la ferme volonté de protéger chaque enfant, quelle que soit son origine. À La Scala comme ailleurs, le théâtre de la repentance n'est pas une fin en soi. Les actes doivent suivre.