Actualité

Israël et le Liban annoncent un cessez-le-feu sous conditions : ce que l'accord cache

Publié le 5 juin 2026
Drapeaux israélien et libanais avec symboles de paix en arrière-plan

Les délégations israélienne et libanaise ont annoncé le 3 juin 2026 un accord de cessez-le-feu négocié à Washington sous l'égide des États-Unis. Derrière le communiqué triomphal se cachent des conditions draconiennes et un bilan humain qui continue de s'alourdir.

Les délégations israélienne et libanaise ont annoncé le 3 juin 2026 un accord de cessez-le-feu négocié à Washington sous l'égide des États-Unis. Derrière le communiqué triomphal se cachent des conditions draconiennes et un bilan humain qui continue de s'alourdir.

Un cessez-le-feu à géométrie variable

L'accord prévoit un arrêt complet des tirs du Hezbollah et l'évacuation de ses combattants au sud du fleuve Litani, soit à environ trente kilomètres de la frontière israélienne. Des zones pilotes placées sous le contrôle exclusif des Forces armées libanaises doivent être créées, à l'exclusion de tous les acteurs non étatiques. Cette formulation vise explicitement le Hezbollah, mais aussi l'Iran, accusé de vouloir lier les négociations libanaises aux discussions sur son programme nucléaire.

Pourtant, moins de vingt-quatre heures après l'annonce, les violences persistaient. Mercredi matin, une frappe israélienne a visé Khaldé, à l'entrée sud de Beyrouth. Dans le sud du Liban, des bombardements ont tué un soldat libanais et fait deux blessés. Près de Tyr, quatre Syriens et deux Palestiniens ont trouvé la mort. Un secouriste a été tué à Zibdine dans la nuit de mercredi à jeudi. Le nombre de secouristes et personnels médicaux tués depuis le début de la guerre atteint au moins cent trente.

Les chiffres d'une guerre oubliée

Depuis le 2 mars 2026, le conflit a fait plus de 3 516 morts du côté libanais et plus d'un million de déplacés. Du côté israélien, vingt-six soldats et un contractuel civil ont été tués au Liban. Ces chiffres rappellent que le cessez-le-feu annoncé n'est pas le premier : un précédent accord, censé entrer en vigueur dès mi-avril, n'a jamais été respecté.

Israël a intensifié et étendu son offensive ces derniers jours, frappant désormais la banlieue de Beyrouth. Le Hezbollah, de son côté, continue de tirer des roquettes contre l'armée israélienne à Al-Qantara et d'envoyer des drones sur des postes de commandement près du château de Chqif.

La position du Hezbollah : entre acceptation et rejet

Selon les autorités libanaises, le Hezbollah avait accepté lundi une proposition américaine : Israël s'abstiendrait de frapper la banlieue de Beyrouth en échange de l'arrêt des attaques du mouvement. Mais un haut responsable du Hezbollah a déclaré mardi à l'AFP que son groupe n'accepterait pas de « cessez-le-feu partiel ». Cette contradiction illustre la difficulté de négocier avec une organisation qui n'a pas de parole unique.

Le chef de la diplomatie iranienne, Abbas Araghtchi, a prévenu que toute attaque contre Beyrouth entraînerait « une reprise à grande échelle de la guerre ». Cette menace place les négociateurs américains dans une position délicate. Donald Trump a eu un échange houleux avec Benyamin Nétanyahou cette semaine, insistant pour séparer les discussions sur le Liban de celles sur l'Iran, alors que Téhéran considère qu'il s'agit d'un seul et même sujet.

Ce que l'accord ne résout pas

La prochaine session de pourparlers est prévue la semaine du 22 juin 2026, avec l'objectif d'un « accord global de paix et de sécurité ». Mais Israël et le Liban n'entretiennent pas de relations diplomatiques. Le retrait du Hezbollah du sud-Liban et le renforcement de l'armée libanaise sont deux objectifs historiquement difficiles à atteindre.

Le cessez-le-feu annoncé le 3 juin 2026 n'est donc pas une fin de guerre. C'est une pause conditionnée, fragile, qui repose sur la bonne volonté d'acteurs qui n'en ont pas démontré beaucoup ces trois derniers mois. Les populations civiles, libanaises et israéliennes, en paieront le prix si les promesses de Washington ne se traduisent pas par des faits sur le terrain.

La Rédaction Le Monde Juif .info