Israël

L'Iran dit avoir frappé 18 cibles américaines et fermé le détroit d'Ormuz

Publié le 11 juin 2026
Fumée s'élevant d'une base militaire au Moyen-Orient

Les Gardiens de la Révolution iraniens affirment avoir touché 18 cibles militaires américaines au Koweït, à Bahreïn et en Jordanie, en réponse à la deuxième journée consécutive de frappes américaines sur le territoire iranien. Dans le même temps, Téhéran annonce la fermeture totale du détroit d'Ormuz, point de passage de 20 % du pétrole mondial.

L'escalade entre l'Iran et les États-Unis a franchi un cap inédit ce jeudi 11 juin 2026. Selon un communiqué du Corps des Gardiens de la Révolution islamique (CGRI) rapporté par Al Jazeera et confirmé par le Jerusalem Post, l'Iran a frappé 18 cibles sur des bases américaines dans trois pays du Golfe. « Tant que les attaques américaines se poursuivront, nos frappes continueront », prévient Téhéran, qui affirme avoir totalement fermé le détroit d'Ormuz et enjoint aux navires de ne pas s'en approcher.

Cette annonce intervient au lendemain d'une deuxième journée de frappes américaines contre l'Iran. Selon le Commandement central des États-Unis (CENTCOM), dont les cibles ont été listées par Air & Space Forces Magazine, les frappes, menées avant l'aube, ont visé des « capacités de surveillance militaire, des systèmes de communication et des sites de défense aérienne » iraniens. Des explosions ont été signalées à Téhéran, Bandar Abbas et dans le sud du pays, selon NPR et l'Associated Press.

Une escalade en trois actes

Le cycle de violences actuel a débuté le 7 juin 2026, quand l'Iran a tiré deux vagues de missiles balistiques vers Israël — les premiers tirs depuis le cessez-le-feu du 8 avril 2026. Tsahal affirme que tous les projectiles ont été interceptés. En représailles, l'armée israélienne a bombardé des cibles militaires dans l'ouest et le centre de l'Iran le 8 juin.

Le président américain Donald Trump, cité par le journaliste Barak Ravid d'Axios, avait exhorté Benjamin Netanyahu à ne pas riposter, prévenant que cela pourrait compromettre les négociations sur le nucléaire iranien. Mais l'escalade ne s'est pas arrêtée.

Le 10 juin, les États-Unis ont lancé leurs propres frappes après le crash d'un hélicoptère AH-64 Apache de l'armée américaine près du détroit d'Ormuz, entré en collision avec un drone iranien (l'équipage a été secouru sain et sauf). Trump a accusé l'Iran d'être responsable. Les frappes américaines ont visé des sites radar, des systèmes de communication et des batteries de défense aérienne iraniennes. Le CENTCOM a déclaré avoir « achevé » son dernier cycle de frappes juste avant l'aube du 11 juin.

L'Iran riposte sur trois fronts

La riposte iranienne ne s'est pas fait attendre. Le CGRI annonce avoir touché 18 cibles sur des bases accueillant des soldats américains au Koweït, à Bahreïn et en Jordanie. Le Koweït a fermé son espace aérien et sa défense antiaérienne a tenté d'intercepter les projectiles. Plus tôt dans la semaine, l'aéroport international du Koweït avait déjà été touché directement par un tir iranien, faisant un mort (un ressortissant indien) et 63 blessés, selon NBC News.

La Jordanie a également été visée : une base aérienne près de Muwaffaq Salti (Azraq) a été prise pour cible, des missiles ayant visé selon le CGRI des hangars de F-35 et un centre de commandement. De son côté, Israël a alerté ses résidents du nord, jeudi matin, de tirs entrants en provenance du Liban, où le Hezbollah — allié de l'Iran — reste mobilisé.

Le détroit d'Ormuz est officiellement fermé, annonce le CGRI, qui met en garde les navires marchands. Cette artère stratégique voit transiter environ 20 millions de barils de pétrole par jour en temps normal, soit près d'un cinquième de la consommation mondiale. Le brut international a dépassé les 93 dollars le baril, en hausse de plus de 25 % depuis le début du conflit en février 2026.

Des négociations au point mort

Sur le plan diplomatique, les positions restent inconciliables. L'Iran exige la levée des sanctions et le dégel de ses avoirs à l'étranger avant tout accord. Washington exige que Téhéran renonce à son stock d'uranium enrichi, à un pas de l'arme nucléaire. Axios rapporte que cent jours après le début du conflit, Trump n'a toujours pas obtenu l'accord qu'il recherche et que les dernières 24 heures ont été consacrées à éviter une reprise totale des hostilités.

En France, le Crif alerte de longue date sur le risque que la communauté juive française soit « sommée de répondre » d'un conflit qui se déroule à des milliers de kilomètres. Les Times of Israel en français rapportent l'inquiétude exprimée par la communauté juive de Créteil face à l'escalade régionale.

Ce que cela signifie pour Israël

Israël se trouve en première ligne de cette escalade. Le conflit Iran-États-Unis fragilise directement la sécurité israélienne : l'Iran considère les deux fronts (Israël et États-Unis) comme indissociables. Selon Axios, Trump avait déjà bloqué début juin un projet israélien de frappes sur Beyrouth pour éviter de faire dérailler les négociations avec Téhéran.

Le cessez-le-feu négocié au printemps 2026, déjà mis à mal par les frappes israéliennes au Liban et les tirs iraniens, semble désormais caduc. La question qui reste posée est celle d'une guerre régionale généralisée — ou d'une ultime fenêtre diplomatique que ni Washington ni Téhéran n'ont, pour l'instant, vraiment intérêt à refermer.

Sources