Mémoire

Affaire Sarah Halimi Kobili Traoré 2026 : la nouvelle arrestation relance le combat pour un procès

Publié le 10 juin 2026
Palais de justice de Paris, façade monumentale au crépuscule

L'affaire Sarah Halimi Kobili Traoré 2026 connaît un rebondissement judiciaire de la plus haute importance. Neuf ans après le meurtre de la sexagénaire juive, Kobili Traoré a été interpellé fin février 2026 pour un home-jacking violent commis le 27 janvier dans le XVIe arrondissement de Paris. L'expertise psychiatrique réalisée lors de sa garde à vue a conclu qu'il ne présentait « aucune symptomatologie aiguë, ni syndrome délirant ni désorganisation ». Un constat qui contredit directement la thèse de l'abolition du discernement qui lui avait permis d'échapper à la prison.

Le 4 avril 2017, Kobili Traoré pénétrait dans l'appartement de sa voisine Sarah Halimi, une retraitée juive de 65 ans, au XIe arrondissement de Paris. Il la rouait de coups en criant « Allahou akbar » et en récitant des versets du Coran, avant de la défenestrer par le balcon. La Cour de cassation a confirmé en avril 2021 l'irresponsabilité pénale de Traoré, reconnaissant la nature antisémite du meurtre mais retenant une « bouffée délirante » provoquée par une forte consommation de cannabis.

Cette décision avait provoqué un séisme politique et législatif. Emmanuel Macron avait déclaré depuis Jérusalem que « le besoin de procès est là », une intervention qui lui avait valu un rappel à l'ordre de la part des plus hauts magistrats français sur l'indépendance de la justice. Le Parlement avait finalement adopté en 2022 une loi limitant l'irresponsabilité pénale lorsque l'auteur « avait consommé des produits psychoactifs en toute conscience avant les faits dans le but de commettre l'infraction ». Mais cette loi, sans effet rétroactif, n'a pas clos le débat : les avocats de la famille estiment que des éléments nouveaux pourraient justifier une réouverture de l'instruction.

La récidive qui fait trembler la justice

Le 27 janvier 2026, Kobili Traoré — aujourd'hui âgé de 36 ans — participait à un home-jacking dans le XVIe arrondissement de Paris aux côtés de deux complices. Selon le parquet de Paris, la victime a été « aspergée de gaz lacrymogène et violentée » avant que les agresseurs ne fouillent l'appartement et ne s'emparent de bijoux et de sacs de valeur. L'enquête a révélé que les suspects « se fournissaient en stupéfiants auprès de la victime, avec qui l'un d'eux avait un litige financier ».

L'élément décisif n'est pas le crime lui-même, mais l'expertise psychiatrique qui l'a suivi. Le psychiatre de la garde à vue a attesté que Traoré « ne présentait pas de symptomatologie aiguë, ni syndrome délirant ni désorganisation ». Pour la famille Halimi et ses avocats, cette conclusion est une arme judiciaire inespérée. « Kobili Traoré a dû faire valoir, cette fois encore, que son discernement était aboli, mais cette fois l'expertise démontre que ce n'est pas le cas », a déclaré Me Olivier Pardo sur les réseaux sociaux — une affirmation contestée par la défense de Traoré, Me Thomas Bidnic, qui affirme que son client n'a jamais invoqué l'abolition du discernement dans ce nouveau dossier.

La demande de réouverture de l'instruction dans l'affaire Sarah Halimi Kobili Traoré 2026

Le 15 avril 2026, les avocats de la famille — Mes Olivier Pardo et Raphaële Bialkiewicz — déposaient une requête devant la cour d'appel de Paris pour rouvrir l'instruction sur le meurtre de Sarah Halimi. Ils affirment détenir des éléments « que ne détenaient ni les magistrats instructeurs ni les experts judiciaires ni la chambre de l'instruction » :

  • Une consommation de crack antérieure au meurtre, qui contredit la thèse d'une bouffée délirante spontanée liée au seul cannabis
  • Des indices de préméditation, incompatibles avec l'irresponsabilité pénale
  • Un enregistrement audio réalisé par un voisin au moment de la défenestration, qui démontrerait selon eux « la conscience politique et antisémite » de Traoré

« Ces éléments détruisent l'irresponsabilité pénale de Kobili Traoré », a affirmé Me Pardo à franceinfo le 15 avril 2026. La défense de Traoré, représentée par Me Thomas Bidnic, conteste fermement ces arguments : « Je ne vois pas quels éléments nouveaux pourraient, neuf ans après le drame, être invoqués pour justifier une relecture de faits qui ont été définitivement tranchés par la Cour de cassation. »

« Pire que l'affaire Dreyfus »

William Attal, frère de Sarah Halimi, n'a pas mâché ses mots. « On fera tout pour que cet assassin soit jugé », a-t-il déclaré à la presse. « Personne n'imagine les souffrances que ma sœur a endurées. » Il a également lancé : « Si en France maintenant, on n'est pas capable de juger et de faire condamner un tueur assassin qui a prémédité un assassinat aussi terrible que celui de ma sœur, alors la France n'est plus la France. » Il a qualifié l'affaire de « pire que l'affaire Dreyfus », une comparaison qui illustre la profondeur du traumatisme et le sentiment d'impunité qui l'accompagne.

Me Muriel Ouaknine-Melki, avocate du frère de Sarah Halimi, a exprimé un mélange de « choc, effarement et stupéfaction » face à la nouvelle arrestation de Traoré. « On n'a jamais cru à l'irresponsabilité pénale de Kobili Traoré. On l'avait plaidé et replaidé », a-t-elle rappelé. Elle a également mis en cause la responsabilité des institutions : « Ces nouveaux faits posent la question de la responsabilité des magistrats, des experts et de l'hôpital. »

Un symbole de la lutte contre l'antisémitisme en France

L'affaire Sarah Halimi est devenue bien plus qu'une affaire criminelle. Elle incarne ce que le CRIF et le BNVCA dénoncent depuis des années : la difficulté de la justice française à reconnaître et à punir l'antisémitisme lorsqu'il est commis par des individus issus de certaines communautés. Le meurtre a été reconnu comme antisémite par la Cour de cassation, mais son auteur n'a pas été jugé. Cette contradiction hante la communauté juive de France.

Les chiffres publiés par le ministère de l'Intérieur en février 2026 confirment que l'antisémitisme reste structurellement élevé : 1 320 actes recensés en 2025, en baisse de 16 % par rapport à 2024 mais demeurant à un niveau historiquement élevé, dont 126 violences physiques antisémites, un record pour cette catégorie. Dans ce contexte, la réouverture de l'affaire Halimi ne serait pas seulement une victoire pour la famille. Ce serait un signal que la France est capable de juger ceux qui tuent des Juifs, même neuf ans après les faits.

La cour d'appel de Paris n'a pas encore rendu sa décision sur la requête de réouverture. Mais l'affaire Sarah Halimi Kobili Traoré 2026 est désormais plus vivante que jamais. Et la mémoire de Sarah Halimi, loin de s'éteindre, continue de hanter la République.