Actualité

1 320 actes antisémites en France en 2025 : le Crif tire la sonnette d'alarme

Publié le 6 juin 2026
Synagogue française au crépuscule

Le ministère de l'Intérieur a publié jeudi 12 février 2026 son rapport annuel sur les actes antireligieux. Le verdict est sans appel : 1 320 actes antisémites ont été recensés en France sur l'année 2025, soit plus de 3,5 actes par jour. Pour le Crif, ces chiffres confirment un enracinement durable de la haine antijuive.

Les Juifs de France représentent moins de 1 % de la population nationale, mais ils subissent 53 % de l'ensemble des actes antireligieux. Ce rapport du Service de protection de la communauté juive (SPCJ), établi en lien avec le ministère de l'Intérieur, ne laisse aucune place à l'optimisme. Après les pics de 2023 et 2024, l'antisémitisme se maintient à un niveau structurellement élevé.

Yonathan Arfi, président du Crif, a qualifié ces données de « constat terrifiant ». « Une agression physique tous les trois jours », a-t-il dénoncé lors d'une conférence de presse le 12 février. Les violences physiques ont atteint 126 cas en 2025, contre 106 en 2024. Elles représentent désormais 14,2 % du total, contre 10,4 % l'année précédente.

Le poids de l'antisionisme comme catalyseur

Près d'un tiers des actes antisémites recensés comportent des références explicites à la Palestine. 388 actes sur les 1 320 sont directement liés au conflit israélo-palestinien. Parmi eux, 45 comportent une apologie du djihadisme et 74 une apologie du nazisme.

« Les Français juifs sont sommés de répondre d'un conflit qui se déroule à plusieurs milliers de kilomètres », a déploré le Crif dans son communiqué. Cette rhétorique anti-israélienne sert de prétexte à des violences qui visent des individus en raison de leur identité juive, et non de leurs opinions politiques.

L'antisémitisme rajeunit et s'installe à l'école

Le phénomène gagne du terrain dans les milieux scolaires. 13,1 % des actes antisémites ont été commis dans des écoles, collèges, lycées ou universités. Le Crif souligne que ce chiffre est probablement sous-estimé, car il ne prend pas en compte les signalements internes à l'Éducation nationale qui ne donnent pas lieu à des procédures pénales.

« L'antisémitisme a pénétré des sphères autrefois considérées comme des sanctuaires », note le rapport. Des tags, des insultes, des menaces et des violences physiques visent désormais régulièrement des élèves et des enseignants juifs dans des établissements de tout le pays.

Le gouvernement répond par une loi

Face à ces chiffres, le gouvernement a annoncé un projet de loi de lutte contre l'antisémitisme. Après l'échec de la proposition de loi Yadan — retirée le 16 avril 2026 sous la pression de La France insoumise — la ministre Aurore Bergé prépare un nouveau texte élargi à toutes les formes de racisme, dépourvu des mentions sur l'antisionisme.

Selon une information du Monde datée du 2 juin 2026, ce projet de loi servira également de vecteur législatif pour la protection des fonctionnaires. Le gouvernement veut permettre aux administrations de déposer plainte au nom de leurs agents victimes de violences, une mesure promise depuis des années mais jamais concrétisée.

Des discriminations invisibles

Le rapport met en lumière des formes d'antisémitisme plus difficiles à quantifier. Des refus de service dans des commerces, des refus de location ou d'assurance, des exclusions dans des milieux professionnels. Ces discriminations sont rarement dénoncées, faute de preuves ou par crainte de représailles.

La haine en ligne connaît une croissance « exponentielle » selon le Crif. La diffusion de stéréotypes et la banalisation de l'antisémitisme sur les réseaux sociaux participent à un climat de défiance permanent. Pourtant, ces agissements sont rarement suivis de plaintes.

Le SPCJ rappelle que son numéro vert 0 800 18 26 26 reste accessible 24 heures sur 24, 7 jours sur 7. Mais la sous-déclaration demeure le principal obstacle à une mesure exacte du phénomène. Beaucoup de victimes renoncent à porter plainte, par lassitude ou par sentiment d'inefficacité.

À quoi servira la nouvelle loi si les actes antisémites continuent d'être banalisés ? Le gouvernement a jusqu'à la trêve estivale pour convaincre que cette fois, les mots se traduiront en actes.